Etats généraux de l’alimentation 2017 : les 8 recommandations de la FGA-CFDT

Publié le 20/07/2017 à 15H30
COMMUNIQUÉ DE PRESSE N°28-2017 La FGA-CFDT suggère d’ouvrir le dossier de l’équilibre des relations entre les acteurs de la filière à d’autres sujets comme les enjeux environnementaux et sanitaires, les besoins  en alimentation saine et durable ou encore le raccourcissement des circuits. Elle estime que les questions d’emploi, d’évolution des compétences, de qualifications et de conditions de travail sont centrales dans la transformation des filières agroalimentaires déjà touchées par le numérique. La « course aux prix bas » lui semble néfaste pour tous.

1 - Revoir l’organisation des filières 

Il faut revoir l’organisation des filières en renforçant les organisations de producteurs. Actuellement, le rapport de force est déséquilibré dans les filières agroalimentaires au détriment du producteur. Pendant des décennies, les mécanismes de gestion du marché de la PAC ont préservé d’un déséquilibre  certaines productions importantes en France (lait de vache, céréales, viande bovine…). Pendant que d’autres secteurs, comme les fruits et légumes frais ou la viande de porc, subissaient une très grande variabilité des cours. A chaque crise dans les fruits et légumes,  les producteurs criaient leur détresse, désignaient le coût du travail comme bouc- émissaire et se faisaient octroyer des exonérations de cotisations sociales par le gouvernement. Par le passé, la FGA-CFDT a dénoncé cette fausse solution qui évitait la restructuration d'une filière où près de 300 organisations de producteurs, d'interprofessions se déchirent.
Pour le producteur, la contractualisation, où l'agriculteur s’engage à produire une quantité de produits à la qualité demandée, n’est efficace que dans la mesure où les relations au sein de la filière sont honnêtes et équilibrées. Or, ce n’est pas souvent le cas. Le renforcement des organisations de producteurs semble indispensable à celui du pouvoir des agriculteurs pour négocier des contrats cadres. Ce renforcement nécessite une évolution du droit communautaire de l’agriculture et  de la concurrence. Le Paquet Lait de 2012 avait permis la contractualisation et la négociation collective des contrats (volumes et prix) en production laitière. Ces dispositions peuvent être élargies à d’autres filières. Plus largement, le contrat de la filière alimentaire, que la FGA-CFDT a signé en juin 2013, constitue une première étape dans l’élaboration d’une stratégie agroalimentaire partagée entre les acteurs de la filière.
Les circuits courts et les filières territorialisées qui permettent aux producteurs de mieux valoriser leur production et de reprendre contact avec le consommateur, resteront limités. Ils demandent des compétences spécifiques et une disponibilité du producteur, et ils se limitent à des produits frais ou peu transformés. Alors que l’agriculture doit avant tout produire pour fournir la transformation agroalimentaire.

2 -  Repenser la gouvernance des filières et renforcer les interprofessions

« Plusieurs interprofessionspâtissent de l’absence de la grande distribution en leur sein» a relevé l’avis du Conseil économique, social et environnemental de mai 2016 relatif aux circuits de distribution des produits alimentaires. La FGA-CFDT partage les recommandations, qui s’en sont suivies et auxquelles la CFDT a beaucoup contribué. Elles doivent : 

  • privilégier une composition élargie à tous les maillons de la filière, faciliter les prises de décision et expertiser les marges de manœuvre dont elles disposent ;
  • contribuer à une répartition plus équitable de la valeur par la définition d’indicateurs, de contrats-cadres, de niveaux planchers et plafonds de prix et de volumes… ».


3 - Créer et mieux partager la valeur ajoutée, mettre un point  final à la course aux prix bas

Une meilleure organisation de la filière et un meilleur partage de la valeur ajoutée sont indispensables. Toutefois, la «guerre des prix » ne fait pas que déséquilibrer la chaîne de valeur, elle détruit de la valeur. Les variables d’ajustement sont le coût du travail, en mettant la pression sur les agriculteurs et sur les salariés de la filière. La réflexion peut être portée au niveau des échanges internationaux.  De nouveaux pays s’affirment au niveau européen et mondial comme des puissances agricoles. La France est, ainsi, passée de sixième producteur et second exportateur agricole mondial en 1995 à huitième producteur et cinquième exportateur agricole dans le monde. Surtout, elle perd des parts de marché en Europe où sont ses principaux débouchés. Une économie durable ne peut se construire sur le toujours moins. Il s’agit aussi d’une course suicidaire : les approvisionnements et la main d’œuvre seront toujours moins chers ailleurs.


4 - Positionner clairement les produits français en matière de qualité

Le modèle productif français doit évoluer, d’autant plus que nous importons et nous délaissons des parts de marché européen sur les filières agroalimentaires. L’agriculture française dispose de nombreux atouts: image, diversité des productions, démarches de qualité… La FGA-CFDT propose de faire de nos standards sanitaires, éthiques et réglementaires des atouts commerciaux : réglementations sociales, contrôle sanitaire, traçabilité intégrale, absence d'antibiotiques, de promoteurs de croissance, respect de l'environnement ou du bien-être animal…Cette montée en gamme doit être portée par l’Etat et par l’ensemble de la filière : producteurs, transformateurs, distributeurs. Ce projet commun permettra de répondre aux défis que rencontre l’agriculture française : économique, sociétal, environnemental, sanitaire, social. Soutenons la compétitivité, en renforçant les stratégies collectives de vente à l’export de l’excellence sanitaire française. De plus, la demande des citoyens et des consommateurs européens évolue vers des modes de production de l’alimentation plus vertueux : agriculture durable (ou agro-écologie), biologique, équitable ou locale, plus respectueuse de l’homme, de l’environnement et des animaux.
Les labels de production durable et équitable, les circuits de distribution locaux, les initiatives pour rapprocher les producteurs et consommateurs (AMAP, La Ruche qui dit oui…), ont le vent en poupe. Les consommateurs sont plus informés et plus sensibles aux conditions de production de leur alimentation, les filières agroalimentaires doivent en tenir compte. L’agriculture biologique, quant à elle, prouve qu’elle n’est pas un effet de mode, mais un marché en expansion avec une croissance de 20 % en 2016. Ce marché des produits alimentaires issus de l’agriculture biologique a été estimé à 6,9 milliards d'euros en 2016. En outre, d’après une étude récente, ces démarches de qualité génèrent un surplus d’emploi dans les exploitations concernées, jusqu’à 0,5 ETP. Par exemple, le nombre moyen d’UTA (Unité de Travail Annuel) par exploitation bio est de 2,4 contre 1,5 en conventionnel (ITAB, novembre 2016). On peut ainsi dire que ces exploitations sont plus génératrices d’emplois (intensité en emploi supérieure).


5 - Valoriser les démarches vertueuses et conditionner les aides

Les démarches de développement durable (notamment la Responsabilité sociale des entreprises) doivent être valorisées. Des cahiers des charges de distributeurs prennent déjà en compte la préservation de l’environnement, la santé et sécurité des travailleurs agricoles et le bien-être animal (Global G.A.P., Tesco Nature’s choice…). Les signes d’identification de la qualité et de l’origine (AOC, IGP, Label Rouge, Agriculture biologique, STG) sont anciens, identifiés et reconnus. Leur cahier des charges intègre rarement un volet social. L’ensemble de ces SIQO doivent intégrer des critères sociaux. Une démarche volontaire des organisations de producteurs en charge de ces appellations favoriserait l’adhésion des agriculteurs mais aussi des transformateurs, distributeurs et consommateurs. La politique agricole commune devra intégrer une conditionnalité sociale, comme celle qui existe sur les bonnes conditions agricoles et environnementales, le bien-être animal, la santé des productions animales et végétales et l’environnement. Il s’agit là d’une idée forte que la FGA-CFDT défendra pour la réforme de la PAC, actuellement en discussion.

6 - Rendre l’alimentation saine et durable accessible à tous

L’accès à une alimentation, en raison de son coût, reste une question centrale.  La FGA-CFDT soutient toute mesure qui permet un meilleur accès à une alimentation saine et durable pour tous. 

Selon une enquête de l’IFOP, 66% des Français sont prêts à payer plus pour soutenir les éleveurs. Mais de l’intention à la pratique, il y a un écart, car les consommateurs sont confrontés à la hausse de leurs dépenses contraintes depuis plusieurs années. Il est nécessaire d’éduquer à l’alimentation (l’origine des aliments, les modes de production et de transformation, leur intérêt nutritionnel, la façon de les conserver, de les accommoder, de les cuisiner) pour valoriser les produits frais et sains. Une action particulière doit être menée auprès de la restauration hors foyer, de plus en plus présente. Surtout, la population la plus modeste de notre pays doit se contraindre également sur les dépenses d’alimentation (l’INSEE observe un recul, depuis 2008, du niveau de vie de la moitié la moins aisée de la population). La FGA-CFDT soutient notamment la proposition de chèques « Fruits et légumes » pour les populations en situation de précarité. Faciliter l’accès à une meilleure alimentation ne doit pas se faire au détriment du prix payé au producteur. Toutefois, la FGA-CFDT estime que la filière agricole doit rechercher des alternatives pour réduire le coût des intrants (engrais, pesticides, énergie…) et être accompagnée dans ce sens. Elle constate que la filière agricole française est pénalisée en termes de coût des transports, en raison notamment du dumping au sein du transport routier européen.


7 - Accompagner la nécessaire transformation du modèle productif vers l’agro-écologie

Pour la FGA-CFDT, l’agro-écologie est un projet à même de répondre aux défis que rencontre l’agriculture : économique, sociétal, environnemental, sanitaire, social.
L’agriculture française fait face à de nombreux défis. La fin des quotas laitiers marque la fin de la gestion des marchés telle que pratiquée pendant des décennies. Pourtant planifiée, les éleveurs ne semblent pas l'avoir anticipée. La meilleure prise en compte de l’environnement, couplée aux impacts du changement climatique, amène l’agriculture à revoir ses pratiques. Les consommateurs sont plus informés et plus sensibles aux conditions de production de leur alimentation, ouverts à de nouveaux produits…Pour affronter ces défis, l’agriculture française doit se définir une stratégie, un projet. Ce projet devra être porté par l’Etat et par l’ensemble des filières. C’est l'Etat, après une large concertation, qui peut définir des objectifs, déclinés en plan d’action : quelle politique agricole pour la France, au sein de la politique agricole commune ? Les organisations professionnelles agricoles qu’on dit puissantes, omniprésentes, devront aussi prendre leurs responsabilités. Quelles visions ont-elles eues pour anticiper les évolutions et accompagner leurs mandants ?
L’agro-écologie est un système de production agricole basé sur une meilleure utilisation des fonctionnalités écologiques afin de « produire plus et mieux avec moins d’intrants ». Elle comporte une vision écosystémique, globale. Elle s’inscrit dans une démarche territoriale. La viabilité économique des exploitations et l’emploi de qualité sont deux autres objectifs essentiels, conformément aux trois piliers du développement durable. L’agro-écologie trace une voie pour l’avenir qui fait appel à l’innovation pour continuer à produire autant sinon plus en réduisant fortement les impacts négatifs de l’agriculture sur l’environnement. Elle valorise les savoir-faire et la diversité des productions et des variétés. Elle permet une agriculture plus économe et plus résiliente, ce qui est favorable aussi pour l’économie des exploitations. Elle implique également la mise en place de stratégies territoriales avec le développement de filières locales, ce qui permettra de refaire du lien entre la production agricole et les autres acteurs des territoires (en premier lieu les consommateurs) et sera favorable au dynamisme territorial.
Les produits issus de l’agro-écologie deviendront le nouveau standard de qualité. Il n’est pas question d’une démarche de niche. Demain les produits agricoles français répondront à de hauts standards de qualité gustative, environnementale et sanitaire. Cela entrainera une montée en gamme des produits français qui pourront être valorisé sur le marché local et sur le marché export. Sans entraîner à terme de surcoût pour le consommateur (hors position haut de gamme sur des marchés export).Transformons nos standards sanitaires, éthiques et réglementaires en atouts commerciaux : réglementations sociales, contrôle sanitaire, traçabilité intégrale, absence d'antibiotiques, de promoteurs de croissance, respect de l'environnement ou du bien-être animal… Soutenons la compétitivité, en renforçant les stratégies collectives de vente à l'export de l'excellence sanitaire française.


8 - Mettre les salariés au cœur des évolutions

Il faut mieux prendre en compte les hommes et les femmes qui travaillent en agroalimentaire dans une logique de développement durable. Un meilleur traitement des salariés peut être valorisé et donner accès à de nouveaux marchés. Le secteur de la production et de la transformation agroalimentaire est le premier secteur économique français en termes d’emplois, avec 1,2 millions de contrats en agriculture et  450.000 salariés en transformation. Les évolutions de la demande des consommateurs, les crises sanitaires, les transitions écologique, énergétique, numérique qui touchent nos filières, impactent aussi l’emploi, les compétences, l’organisation et les conditions de travail des salariés. Les révélations sur des maltraitances des animaux en élevage ou à l’abattoir choquent l’opinion publique et cela a des répercussions concrètes sur les filières viandes : baisse de la consommation, nouvelles normes ou procédures pour les abattoirs, avec leurs conséquences sur les salariés en terme d’emploi et de conditions de travail. Les crises sanitaires comme épizootie aviaire ou l’ESB sont dramatiques pour les éleveurs. En immobilisant la filière, elles provoquent aussi le départ de main d’œuvre qualifiée salariée qu’il est difficile de retrouver quand l’activité reprend. Les industries agroalimentaires sont touchées tout autant que les autres secteurs industriels par la transition numérique. Robotisation et numérisation bien sûr mais aussi externalisation de nombreux services, comme la maintenance. L’écosystème, c’est-à-dire les différents acteurs du secteur agroalimentaire et leurs relations, peut évoluer fortement, comme cela s’est passé dans d’autres secteurs économiques. L’apparition, la restructuration sinon la disparition d’acteurs est à prévoir. N’oublions pas que l’agriculture et l’industrie agroalimentaire emploient de nombreux salariés peu qualifiés dans des bassins d’emploi ruraux.
Les observatoires prospectifs de l’emploi et des métiers au sein des branches et des territoires doivent travailler sur l’anticipation des effets des transitions écologique et numérique en abordant les métiers par blocs de compétences pour faciliter l’employabilité. Des études prospectives concertées sur l'emploi, croisant les dimensions professionnelles et territoriales, pourront nous aider à anticiper ces changements, identifier les besoins en compétences et qualifications de demain, les compétences passerelles, identifier les métiers en tension, ceux menacés de disparaître pour mieux anticiper les mutations et sécuriser les parcours.

Sécuriser les parcours professionnels

La mise en place d’une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) dans les branches professionnelles et les entreprises permettrait de sécuriser les parcours professionnels des salariés. Cette gestion prévisionnelle doit prendre en compte les aspirations des salariés, les besoins de l'entreprise mais aussi les besoins des salariés les plus fragiles face aux aléas de l'emploi par la mise en place d'actions d’orientation et de formation spécifiques et renforcées (formation de remise à niveau, accès à une première qualification reconnue…). La négociation d’accords Qualité de vie au travail (QVT) est un moyen d’améliorer les conditions de travail des salariés en poste mais aussi d’améliorer l’attractivité des métiers dans un secteur réputé difficile. C’était un engagement du contrat de la filière alimentaire de 2013 qui avait défini un plan d’action, repris dans l’accord sur le pacte de responsabilité de cette même filière. Enfin, la FGA-CFDT souhaite améliorer l’anticipation et la gestion des conséquences des crises sanitaires et climatiques sur l’emploi. Les cellules de crise ad hoc doivent intégrer des représentants des salariés. Une meilleure information des salariés des filières concernées et de leurs représentants doit leur permettre de mieux réagir et d’intervenir le cas échéant.

 

Fait à Paris, le 19 juillet 2017

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